Le ministre de l’Economie, des Finances et du Développement, Hadizatou Rosine COULIBALY/SORI était face aux députés dans l’après-midi du vendredi 23 mars 2018. Il s’est agi pour elle de répondre à des questions d’actualité du député, Ousséni TAMBOURA, adressées au Premier ministre, Paul Kaba THIEBA, sur l’état de mise en œuvre du protocole d’accords signé par les acteurs du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement. Selon le député TAMBOURA, les années 2016 et 2017 ont été marquées par des revendications sociales des syndicats de l’administration publique. Ainsi, plusieurs protocoles d’accords ont été signés par le gouvernement éteignant de nombreux conflits qui existaient de part et d’autre dans l’administration publique. Au moment où le gouvernement a exprimé sa volonté d’instituer un dialogue social sur la problématique de la rémunération des travailleurs de la Fonction publique et au moment où les syndicats du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement  annoncent une manifestation dans les jours à venir, le député, Ousséni TAMBOURA a soulevé un certain nombre de préoccupations. Lesdites préoccupations portent sur l’état de mise en œuvre des protocoles d’accords signés avec les acteurs dudit ministère, notamment les points mis en œuvre et ceux susceptibles de nourrir de nouveaux conflits et de compromettre la mobilisation des recettes de l’année 2018; le nombre exact des fonds communs supportés par le budget de l’Etat, leur légalité et leur volume financier dans le système de rémunération des agents publics de l’Etat; l’impact financier des accords signés dans les autres départements, ainsi que le niveau de soutenabilité par le budget de l’Etat dans le cours et moyen termes. 

Répondant à ces questions du député, le ministre de l’Economie, des Finances et du Développement, Hadizatou Rosine COULIBALY/SORI a, d’abord, rappelé que depuis 2016 le Burkina Faso a connu des mouvements sociaux importants qui ont impacté les performances de l’économie nationale. Pour elle, même si le pays se félicite de la croissance économique qui a atteint un niveau de 5,9% en 2016 et 6,7% en 2017, le blocage de l’administration publique par les mouvements sociaux n’a pas permis d’atteindre les résultats qui avaient été fixés dans son département dans le cadre des objectifs du PNDES. 

Selon Hadizatou Rosine COULIBALY/SORI, à l’heure actuelle, le dialogue se poursuit concernant les engagements pris avec les syndicats. A l’entendre, l’incidence financière des accords et impacts sur les budgets de 2016-2018 est estimée à 55,888 milliards de F CFA en 2016 ; 67,510 milliards de F CFA en 2017 et  94, 983 milliards de F CFA en 2018. Ce niveau pourrait atteindre 106,684 milliards de F CFA en 2019. Celle de 2018, selon le ministre en charge de l’Economie et des Finances, ne prend pas en compte les discussions en cours avec le syndicat national de la Police et les Forces armées nationales. «L’impact des revendications sur la période 2016-2018 permet de constater, en plus du reversement de la loi 081, une incidence financière de plus de 218 milliards de F CFA», a confié Mme COULIBALY/SORI qui estime qu’il se pose ainsi la question de la soutenabilité du budget de l’Etat. Elle a indiqué que l’analyse de la soutenabilité de la masse salariale est faite sur la base du ratio masse salariale sur les recettes fiscales dont le niveau normal au sein de l’espace communautaire UEMOA devrait être inférieur ou égal à 35%. Ce ratio sera au-dessus de 35% sur la période 2018 à 2020. Concernant l’impact des mesures de revalorisation des salaires et indemnités, elle a fait remarquer qu’en plus du budget adopté par l’Assemblée nationale pour l’année 2018, près de 100 milliards de F CFA sont à rechercher.

S’agissant des fonds communs, le ministre de l’Economie, des Finances et du Développement a rappelé qu’il existe au total 21 fonds communs et assimilés répartis entre une dizaine de ministères et institutions. D’une manière spécifique, elle a précisé qu’au terme des arrêtés de 2012 qui ont été adoptés et qui portent réglementation et fixation des taux des fonds communs alloués aux agents du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement, son département compte 4 types de fonds communs qui concernent les douanes, les impôts, le trésor et les autres structures qui ne sont pas des régies de recettes. «Le fonds commun est passé de 20,11 milliards de F CFA en 2012 à environ 50 à 55 milliards de F CFA en 2017. Il est resté dans des proportions acceptables en 2010, parce qu’il était inférieur à 8 milliards de F CFA. Mais suite aux nouveaux textes qui ont été adoptés après 2011, il y a eu un accroissement significatif de sorte que dans certains cas, le fonds commun dépasse même le salaire», a relevé Hadizatou Rosine COULIBALY qui a, par ailleurs, précisé que le fonds commun est lié historiquement au fonds d’équipement qui était destiné à l’amélioration des conditions de travail des structures impliquées dans le recouvrement  des recettes et aussi à la motivation des agents qui y travaillaient. Son existence n’est pas un fait nouveau, car il existe dans les administrations financières d’autres pays, notamment dans la zone UEMOA. «La plupart des fonds communs sont basés sur les pénalités de recouvrement, même s’il existe des différences entre les pays», a-t-elle révélé. Selon Mme COULIBALY/SORI, globalement, la masse salariale en 2010 du département de l’Economie et des Finances était de plus de 11 milliards 557 millions de F CFA comparativement au fonds commun qui était de plus de 7 milliards 431 de F CFA, soit 64,31%. En 2016, elle était de plus de 23 milliards 851 millions de F CFA  et le fonds commun était de plus 26 milliards 967 millions de F CFA. En 2017, il est estimé à 55 milliards de F CFA.

Quant aux accords signés avec les syndicats, elle a fait comprendre que le gouvernement est toujours dans les dispositions de maintenir le dialogue. Par ailleurs, elle a souhaité que le dialogue puisse prévaloir avec les syndicats et que la grève soit vraiment l’exception et non pas qu’elle devienne la règle au risque de mettre le pays en péril. 

Emboitant le pas du ministre en charge de l’Economie et des Finances, le président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala SAKANDE, a lancé un appel à l’ensemble des syndicats du Burkina Faso à resserrer les rangs et laisser prévaloir la défense de la patrie. «Sachons taire nos querelles, lorsque la Nation est attaquée», a-t-il insisté avant d’exprimer la disponibilité du Parlement à discuter avec les syndicats, s’ils le souhaitent. Pour Alassane Bala SAKANDE, aujourd’hui, plus que jamais le Burkina Faso a besoin de ressources et de  l’accompagnement de tous les fils et filles du pays pour faire face à la menace sécuritaire. Il appartient à tous de lui donner ces moyens.